Forca Barca
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Précédemment dans “Si j’aurais…”
La porte de l’ascenseur se refermait.
Fuir. Toujours fuir.
“Qu’est ce qu’on fait ?”.
C’est la première fois que je sentais autant de nervosité dans la voix de Nastasia. “On va prendre l’escalier de service puis on sort par derrière et on s’éclipse”. Pour la première fois, je saisissais sa main et la tirait vers la porte située au bout du couloir.
“Une fois dehors, on file droit à la voiture et on dit au revoir à Barcelone. Ça te va ?”. Pas la peine d’attendre sa réponse, il fallait une nouvelle fois faire très vite.
Je dévalais les escaliers deux par deux, la valise dans une main, Nastasia au bout de l’autre. Il ne restait plus qu’un étage.
“Attends ! Qu’est ce qu’on fait si on est séparé ?”. Elle avait raison. Il fallait retenir les erreurs du passé. Je ne connaissais quasiment rien àBarcelone . Je n’étais jamais venu. Nastasia non plus. Je ne connaissais que le nom du Stade de Football, quelques noms de boites de nuit… un restaurant : “Si on doit se séparer, on se rejoint au Rey de la Gamba ! C’est vers le port, c’est super connu”. Ce restaurant était un pèlerinage indispensable selon mes amis. “Tiens, mets en dans tes poches, autant qu’on en ait tous les deux”. Je donnais à Nastasia quelques centaines d’euros qui les glissait dans ses poches. J’en faisais de même. Je n’avais jamais eu autant d’argent liquide sur moi. Il n’y avait pas que des mauvais cotés dans la vie de fuyard.
L’escalier se terminait sur un couloir désert : personne. Nous nous engouffrions dedans. A son extrémité, deux portes. L’une était la sortie de secours. Un panneau indiquait qu’il ne fallait l’utiliser qu’en cas d’incendie et qu’une alarme se déclencherait en cas d’ouverture.
J’entrouvais l’autre porte. Elle donnait dans le hall de l’hotel. Il y a avait peu de monde à la réception. Un couple était assis au coin salon et lisait des journaux. Sur les deux hommes en noir, je ne pouvais plus en voir qu’un. Il était debout, appuyé sur une colonne près de la sortie. Sous son apparente décontraction, il surveillait les portes de l’ascenseur. J’ignorais où était l’autre. Avant d’être vu, je refermais la porte.
“Un mec est posté à l’entrée. L’autre n’est plus là. Si on prend la sortie de secours, l’alarme se déclenchera. Si on sort par l’autre porte, on se fera cueillir. Et si on ne sort pas, ils ne mettront pas longtemps à comprendre qu’on a pris l’escalier
- Attends, j’ai une idée”.
Dans la minute qui suivait, l’alarme de la porte de secours se déclenchait. Quelques secondes plus tard, un homme descendait en courant les escaliers. Il criait dans un téléphone ou dans untalkie : “ils sont sortis par derrière. Ils ont pris l’escalier de service. Je répète : ils sont sortis par derrière”. L’instant d’après, l’homme posté dans le hall sortait en courant par la porte encore ouverte, bientôt suivi par son compère.
Les deux hommes sortis, Nastasia me tirait la main. “Vite ! Ils peuvent revenir”. Après avoir ouvert la porte, Nastasia était venue en courant se cacher à coté de nous, sous l’escalier. Hugo était resté sagement allongé à mes pieds,surement heureux de pouvoir se reposer.
Le plan était ingénieux, le hall était désormais vide. Tout juste dehors, un taxi s’arrêtait : “Al puerto por favor”. Le chauffeur démarrait et prenait la première à gauche. Je n’imaginais pas le port dans ce sens : il était en train de faire le tour dubatiment !
Les men in black étaient chacun d’un coté du troittoir. Il était trop tard pour faire quoi que ce soit. Le taxi passait et les deux hommes nous regardèrent impuissants. Ils nous avaient vu. Mais nous étions dans une voiture. Pas eux.
Leur réaction fut toutefois surprenante. Au lieu d’essayer de rattraper la voiture dans le trafic, ils partirent en courant, dans la direction opposée.
La voiture avançait à une allure tout à faire respectable. La plupart des feux étaient verts. Tout allait bien. Pourtant, dans le taxi, la tension était palpable. Nos mains étaient serrées. Nous ne disons pas un mot. Sur les trottoirs, dans les voitures, les drapeaux aux couleurs duBarça étaient de sortie. Il y allait avoir un match dans quelques heures.
Au fur et à mesure qu’on approchait du port, la circulation devenait de plus en plus difficile. La rue longeait les ramblas et l’on pouvait deviner au loin Christophe Colomb. Un dernier feu, un rond point et enfin le port.
Le feu passa au vert. Les voitures de devant tardaient à démarrer. Alors que le chauffeur engageait sa voiture, quelqu’un tapait à la vitre : les hommes en noir !Cheuvauchant une moto, le conducteur tapait à notre vitre tandis que son passager nous faisait signe de nous arrêter.
“Puta mierda” hurla le chauffeur.
Celui qui était à l’arrière de la moto enleva son casque : “descendez, on veut juste vous parler !”.
Et mon cul c’est du poulet…
Nous ne pouvions plus aller directement au parking, recupérer notre voiture. Il fallait les semer auparavant. Les semer. Mais comment ? Comment peut-on semer deux hommes sur une moto quand on doit trimballer un chien ! La réponse surgit dans les chants d’un passant. Le stade. Se fondre dans la masse et disparaître. “Al Camp Nou por favor !
- Si señor”.
Le taxi s’engageait sur une grosse artère. La circulation était dense mais extrêmement fluide. Des motos nous dépassaient par la droite, par la gauche. En comparaison, le périphérique parisien était un havre de paix. Les hommes en noir nous suivaient et restaient bien derrière nous.
Aux abords du stade, la circulation devenaient franchement compliquée. La moto restait derrière, sans essayer de nous dépasser. Ils attendaient sans doute que nous sortions du véhicule pour nous intercepter.
“Aquì ! Esta bien”. Je faisais signe au chaffeur de nous faire descendre à coté d’un camion de Mossos, la douce et tendre Police Catalane. Je donnais 50 euros et sans attendre la monnaie, j’aidais Hugo et Nastasia à descendre.
La moto s’arrêtait à notre niveau : “arrêtez de fuir, nous voulons juste vous poser quelques questions. Notre chef veut vous rencontrer”. Avant le temps d’avoir refusé cette invitation, un policier s’approchait et la moto démarrait en trombe.
Mon plan avait à nouveau fonctionné. Une centaine de mètres plus loin, le deux roues s’immobilisait et les deux hommes descendait.
Mélé dans la foule, nous avions l’impression de passer inaperçus. Au milieu de milliers de supporters, nous prenions la direction du célèbre stade. Je ne cessais de me retourner. Je ne les voyais pas.
Au croisement d’une rue, un taxi déchargeait des supporters. C’était maintenant au jamais. Dès la dernière personne sortie, je m’engouffrais à l’intérieur :
“Al puerto…
- pas de chien dans taxi por favor”.
Un billet de cent euros venait de rendre la voiture Dog Friendly.
Comme la ville entière semblait venir au stade, la circulation dans le sens inverse était aisée. Notre rue était déserte et moins de dix minutes plus tard, nous descendions à destination.
Notre parking était situé le long d’un quai sur lequel était amarré un ferry. Des véhicules embarquaient dessus. “Et si on montait dans ce bateau ?” proposa Nastasia.
Après tout, pourquoi pas ! Personne ne viendra nous chercher sur un rafiot.
Ainsi, munis de deux billets, nous montions à bord d’un bateau en partance pour… Ibiza !
A bord, munis des deux billets que je venais d’acheter, une hôtesse nous expliquait, dans un anglais douteux, qu’on pouvait déposer notre valise dans une pièce qui resterait fermée tout au long de la traversée.
1- “Non merci, je la garde avec moi”.
2- Très bonne idée. On met la valise dedans et au moins on n’a pas à s’en préoccuper.
3- Très bonne idée. On va mettre la puce dedans, les billets et le petit morceau d’électronique y seront en sécurité”.
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Le bateau était principalement peuplé de routiers qui amenaient leur cargaison sur l’ile. La saison touristique était terminée et à part quelques jeunes dans un état d’ébriété avancé, la salle où nous allions passé la nuit sur des sièges inclinables était déserte.
Il n’y avait qu’une porte pour accéder au bateau et aucun de nos poursuivants n’étaient montés. Le bateau largua les amares. Nous les avions semé.
La mer était calme. Rapidement, le soleil se couchait, et mes paupières en firent de même. Cette tension me terrassait.
Le froid me réveilla. La climatisation soufflait son air glacial directement sur mon visage. Hugo et Nastasia n’était plus là.
1- Ils devaient avoir envie de prendre l’air. Ils finiront bien par revenir.
2- Nastasia a peut être le mal de mer. Je vais aller la chercher.
3- Hum, étrange… trop de choses étranges… je vais être prudent : je vais me planquer dans un des canots de sauvetage suspendus et regarder ce qui se passe.
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